Pêche au requin à la traîne : techniques, enjeux et choix du matériel

Pêche au requin à la traîne : techniques, enjeux et choix du matériel

Dominique Nguyen
Dominique Nguyen
Photographe sous-marine
31 juillet 2026 21 min de lecture
Pêche au requin à la traîne : techniques, zones de pêche, réglementation (UICN, FAO, CITES, règlement CE 1185/2003), commerce des ailerons et bonnes pratiques pour une pêche responsable.
Pêche au requin à la traîne : techniques, enjeux et choix du matériel

Comprendre la pêche au requin à la traîne : une pratique sous tension

La pêche au requin à la traîne fascine de nombreux pêcheurs en quête de sensations fortes, mais elle s’inscrit aujourd’hui dans un contexte écologique et réglementaire très sensible. Dans cette forme de pêche au requin, le bateau progresse lentement pour présenter les appâts dans des eaux ciblées, où les requins suivent les bancs de poissons pélagiques. Cette technique exige une lecture fine de la météo et des courants, car les conditions de mer influencent directement la tenue des lignes, la dérive du bateau et la sécurité à bord. Pour rester dans un cadre légal, il est également nécessaire de vérifier les règles nationales et les plans d’action pour les requins publiés par la FAO.

Sur le plan écologique, la pêche au requin se situe au croisement de plusieurs enjeux qui dépassent largement le simple loisir. À l’échelle mondiale, les évaluations de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) indiquent qu’environ un tiers des espèces de requins et de raies évaluées sont classées menacées (données 2021, UICN), tandis que d’autres restent encore abondantes mais fragilisées par la pêche illégale et le commerce des ailerons. Comprendre la différence entre une pêche responsable et des pratiques destructrices comme le finning, qui consiste à prélever les ailerons avant de rejeter l’animal, devient donc indispensable pour toute personne qui s’intéresse à cette activité.

Les marchés de la viande de requin et des ailerons de requin sont très inégalement répartis selon les pays et les États côtiers. En Amérique latine, en Asie ou en Afrique de l’Ouest, la pêche au requin peut représenter une source de revenus importante pour les communautés littorales. À l’inverse, dans l’Union européenne, la réglementation encadre plus strictement les captures, impose que les nageoires restent attachées au corps des requins lors du débarquement et limite les tonnes d’ailerons exportés vers les grands centres de consommation, en cohérence avec les engagements pris dans le cadre de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées, CITES).

Zones de pêche, espèces ciblées et rôle des conditions de mer

La pêche au requin à la traîne se pratique surtout dans des eaux tempérées ou tropicales, souvent au large des plateaux continentaux et des talus. Les pêcheurs ciblent des espèces de requins pélagiques qui suivent les thons, les bonites ou les maquereaux, ce qui impose de bien connaître la marche des courants, la topographie sous-marine et la présence de fronts océaniques. Les cartes de météo marine, la température de surface, la couleur de l’eau et les zones de remontée d’eaux profondes aident à repérer les secteurs où les requins chassent activement.

Parmi les espèces de requins les plus recherchées à la traîne, on trouve par exemple le requin taupe commun (Lamna nasus, classé « En danger » sur la Liste rouge de l’UICN dans l’Atlantique Nord-Est, UICN) dans l’Atlantique Nord, le requin pèlerin (Cetorhinus maximus, « Vulnérable » à « En danger » selon les régions) dans certaines eaux tempérées, ou encore des espèces plus côtières dans les régions tropicales comme le requin gris de récif (Carcharhinus amblyrhynchos, « Quasi menacé »). Chaque espèce de requin possède une biologie particulière, une vitesse de croissance lente et une fécondité réduite, ce qui rend la gestion des stocks particulièrement délicate. Les pêcheurs sportifs responsables adaptent donc leur stratégie de pêche au requin en fonction des espèces présentes, en relâchant les individus vulnérables et en limitant le nombre de prises.

Dans des pays comme le Costa Rica, l’Équateur ou d’autres États d’Amérique latine, la pêche au requin se concentre souvent autour de monts sous-marins et de fronts océaniques riches en nutriments. Ces zones attirent non seulement les requins mais aussi les raies et de nombreux poissons pélagiques, créant des écosystèmes complexes où les prédateurs occupent le sommet de la chaîne alimentaire. Pour approfondir la compréhension de ces milieux et affiner sa lecture de l’eau, un pêcheur peut aussi s’inspirer de techniques fines comme la pêche aux leurres souples pour la truite, qui apprend à analyser les comportements des poissons en fonction des micro-variations de courant.

Matériel de traîne pour la pêche au requin : cannes, lignes et sécurité

Pour la pêche au requin à la traîne, le choix de la canne à pêche conditionne directement la maîtrise du combat. Une canne de traîne puissante, dotée d’une action progressive et d’anneaux robustes, permet d’absorber les rushs d’un requin de grande taille sans rupture brutale. Les moulinets à tambour tournant, garnis de tresse ou de nylon de fort diamètre, complètent ce dispositif en offrant une grande capacité de ligne, un frein précis et une bonne résistance à la corrosion en milieu marin.

Les montages de traîne destinés à la pêche au requin utilisent des bas de ligne en acier ou en fluorocarbone très résistant, pour éviter les coupures nettes provoquées par les dents et les nageoires puissantes. Les hameçons circulaires sont privilégiés, car ils réduisent les blessures profondes et facilitent la remise à l’eau des requins lorsque les pêcheurs pratiquent le no kill, une recommandation également mise en avant par plusieurs programmes de marquage scientifique. Pour ceux qui souhaitent s’initier à la traîne en mer avant de cibler les requins, il peut être utile de tester des systèmes prêts à l’emploi comme les lignes de traîne à main, par exemple avec une ligne de traîne polyvalente adaptée aux espèces côtières.

La sécurité à bord reste un point non négociable lorsque l’on pratique la pêche au requin à la traîne, surtout en haute mer. Les pêcheurs doivent anticiper la réaction d’un requin au moment où il approche du bateau, car ses mouvements brusques et ses ailerons puissants peuvent déséquilibrer un équipier ou endommager le matériel. Gilets de sauvetage, harnais de combat, gaffes adaptées, pinces longues et protocoles clairs pour la manipulation des requins limitent les risques pour l’équipage comme pour l’animal, en particulier lorsque les conditions de mer se dégradent.

Du loisir au commerce : viande de requin, ailerons et marchés mondiaux

Au-delà de la pêche sportive, la pêche au requin alimente plusieurs marchés, de la viande de requin aux ailerons de requin destinés à la soupe d’ailerons. Dans certains pays d’Asie et d’Amérique latine, la soupe d’ailerons de requin reste associée au prestige social, ce qui entretient une demande élevée pour les ailerons exportés depuis des régions lointaines. Cette pression commerciale pousse parfois des flottes à pratiquer le finning, c’est-à-dire le prélèvement des ailerons de requins avant de rejeter les carcasses en mer, malgré les interdictions inscrites dans de nombreux plans d’action nationaux pour les requins.

La viande de requin est consommée localement dans de nombreux États côtiers, notamment en Amérique, en Afrique et en Océanie, où elle peut représenter une source de protéines accessible. En Nouvelle-Zélande, certaines pêcheries ciblent par exemple le requin taupe commun pour sa chair, tandis que d’autres captures de requins et de raies restent accessoires dans les pêcheries de poissons démersaux. La peau de requin, parfois appelée requin peau dans le langage courant, a aussi été utilisée historiquement pour la fabrication d’objets artisanaux ou d’abrasifs, même si ces usages restent marginaux aujourd’hui et ne représentent qu’une fraction du commerce mondial lié aux requins.

Les tonnes d’ailerons de requins qui transitent chaque année sur le marché mondial alimentent également la médecine traditionnelle dans certains pays, où les nageoires et le cartilage sont présentés comme des remèdes. Des études publiées dans des revues scientifiques dans les années 2010 ont pourtant montré que ces usages de médecine traditionnelle ne reposent pas sur des preuves solides, alors que l’impact sur les populations de requins est bien réel. Face à ces dérives, plusieurs États et l’Union européenne ont renforcé les règles imposant que les nageoires restent attachées au corps des requins lors du débarquement, afin de mieux contrôler la pêche illégale et de limiter le commerce d’ailerons.

Réglementations, pêche illégale et rôle des organisations internationales

La pêche au requin se trouve aujourd’hui au cœur de nombreuses négociations internationales, car les requins migrent entre les eaux de plusieurs pays et des États hauturiers. Les organisations régionales de gestion des pêches, appuyées par les lignes directrices de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, FAO), tentent de coordonner les quotas, les tailles minimales et les zones fermées pour protéger les espèces de requins les plus vulnérables. Malgré ces efforts, la pêche illégale persiste dans certaines régions, alimentée par la valeur élevée des ailerons de requins sur le marché mondial et par la difficulté de contrôler les flottes lointaines.

Dans l’Union européenne, la réglementation impose depuis le règlement (CE) n° 1185/2003, renforcé en 2013 (JOUE), que les nageoires restent attachées au corps des requins lors du débarquement, ce qui rend plus difficile la dissimulation des tonnes d’ailerons. Cette règle des nageoires attachées vise à lutter contre le finning et à améliorer la traçabilité des captures, en particulier pour les espèces de requins protégées ou inscrites aux annexes de la CITES. D’autres pays comme le Costa Rica ou l’Équateur ont également adopté des mesures pour encadrer la pêche au requin, même si l’application concrète de ces règles varie selon les moyens de contrôle disponibles et le niveau de surveillance en mer.

Les organisations non gouvernementales jouent un rôle important en documentant les flux d’ailerons exportés et en alertant sur la situation des requins et des raies dans le monde. Leurs enquêtes ont mis en lumière des routes commerciales reliant l’Amérique latine à l’Asie, où la demande pour la soupe d’ailerons de requin reste forte malgré les campagnes de sensibilisation. Pour les pêcheurs sportifs comme pour les consommateurs, s’informer sur ces enjeux permet de faire des choix plus responsables, qu’il s’agisse de pratiquer une pêche au requin encadrée ou de refuser les produits issus de la pêche illégale et du commerce non durable.

Choisir une pratique responsable : matériel, éthique et alternatives

Adopter une approche responsable de la pêche au requin commence par le choix du matériel et des techniques utilisées à la traîne. Des cannes adaptées, des bas de ligne solides mais non excessifs et des hameçons circulaires permettent de limiter les blessures, surtout lorsque l’on relâche les requins capturés. Les pêcheurs attentifs évitent de cibler les espèces de requins les plus menacées, se tiennent informés des listes rouges et des espèces inscrites à la CITES, et privilégient des zones où les populations restent relativement stables.

Sur le plan éthique, la question de la consommation de viande de requin et de la soupe d’ailerons de requin se pose avec acuité, notamment dans les pays où ces produits sont encore valorisés. Refuser les plats à base d’ailerons de requins, qu’ils soient servis en soupe d’ailerons ou intégrés à d’autres préparations, envoie un signal clair au marché et soutient les campagnes de réduction de la demande. De même, s’informer sur l’origine de la viande de requin, sur la présence éventuelle de métaux lourds comme le mercure et sur l’impact de la pêche au requin dans chaque région aide à réduire la pression sur les espèces les plus sensibles.

Pour les passionnés de cannes à pêche qui souhaitent vivre des combats puissants sans contribuer à la pression sur les requins, il existe de nombreuses alternatives. La traîne sur les thons, les dorades coryphènes ou les bonites offre des sensations comparables, tout comme certaines pêches techniques en eau douce, par exemple la pêche à la mouche en lac pour traquer les grosses truites. Diversifier ses pratiques permet de continuer à profiter de la mer et des cannes de traîne tout en réduisant la dépendance à la pêche au requin et en s’inscrivant dans une démarche de pêche durable.

Comprendre l’anatomie du requin : ailerons, peau et nageoires dans la pêche

Pour analyser les enjeux de la pêche au requin, il est utile de comprendre le rôle des ailerons et des nageoires dans la biologie de l’animal. Les ailerons dorsaux, pectoraux et caudaux assurent la stabilité, la propulsion et la maniabilité du requin, ce qui explique leur valeur dans certaines cultures où l’on consomme les nageoires. La peau de requin, parfois appelée requin peau, est recouverte de denticules dermiques qui réduisent la traînée et inspirent des innovations technologiques dans le monde du sport, de la navigation et des combinaisons de plongée.

Dans le contexte de la pêche au requin, le prélèvement des ailerons de requins pour la soupe d’ailerons ou pour la médecine traditionnelle a des conséquences disproportionnées sur les populations. Lorsque les ailerons de requin sont coupés et que les carcasses sont rejetées, les tonnes d’ailerons exportés ne reflètent pas la mortalité réelle infligée aux espèces de requins, en particulier aux grands pélagiques comme le requin-taupe bleu (Isurus oxyrinchus, « En danger » selon l’UICN, UICN). C’est pourquoi de plus en plus de réglementations imposent que les nageoires restent attachées au corps, afin de rendre visible l’ensemble des captures et de limiter le finning.

Pour les pêcheurs sportifs, respecter ces principes signifie manipuler les requins avec précaution, éviter de saisir les ailerons ou les nageoires de manière brutale et limiter le temps de maintien hors de l’eau. Les combats prolongés affaiblissent fortement les requins, en particulier les espèces de requins pélagiques comme le requin taupe commun ou le requin pèlerin, qui ont besoin de nager en permanence pour ventiler leurs branchies. Une pratique de la pêche au requin à la traîne réellement responsable repose donc autant sur la qualité du matériel que sur la connaissance fine de l’anatomie et de la physiologie de ces grands prédateurs marins.

Chiffres clés sur la pêche au requin et le commerce des ailerons

  • Selon la FAO, plusieurs dizaines de millions de requins sont capturés chaque année dans le monde, avec des estimations scientifiques allant souvent de 60 à 100 millions d’individus, ce qui exerce une pression considérable sur des espèces à croissance lente (FAO).
  • Des études publiées dans des revues spécialisées au début des années 2010 estiment que le commerce mondial des ailerons de requins représente plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’ailerons exportés annuellement, principalement vers l’Asie de l’Est, où la soupe d’ailerons reste très demandée.
  • Dans l’Union européenne, l’interdiction du finning et l’obligation de débarquer les requins avec les nageoires attachées ont été associées à une baisse mesurable des exportations d’ailerons depuis certains ports atlantiques, selon les rapports d’application publiés après 2013 (JOUE).
  • Des pays comme le Costa Rica et l’Équateur, en Amérique latine, ont mis en place des aires marines protégées où la pêche au requin est restreinte, ce qui a permis une stabilisation ou un début de reconstitution de certaines populations locales suivies par les programmes de recherche régionaux.
  • Les évaluations de l’UICN indiquent qu’une proportion importante des espèces de requins et de raies est aujourd’hui classée menacée ou quasi menacée, ce qui renforce l’urgence d’une gestion plus stricte de la pêche au requin à l’échelle internationale et d’un contrôle accru du commerce des ailerons (UICN).

FAQ sur la pêche au requin à la traîne

La pêche au requin à la traîne est elle légale partout ?

La légalité de la pêche au requin à la traîne dépend des pays, des États côtiers et parfois même des zones maritimes locales. Certaines juridictions interdisent totalement la capture de requins, d’autres autorisent une pêche encadrée avec quotas, tailles minimales et obligations de remise à l’eau pour certaines espèces. Il est donc indispensable de consulter la réglementation en vigueur avant toute sortie en mer et de vérifier les éventuelles inscriptions des espèces ciblées sur la Liste rouge de l’UICN ou aux annexes de la CITES.

Quelles espèces de requins sont les plus menacées par la pêche ?

Les espèces de requins à croissance lente et à faible fécondité sont les plus vulnérables, notamment plusieurs requins pélagiques et certaines raies. Les évaluations de l’UICN montrent qu’une part importante des espèces de requins et de raies est déjà classée menacée ou quasi menacée, avec des catégories allant de « Vulnérable » à « En danger critique ». Cibler en priorité des espèces plus abondantes, respecter les interdictions de capture et relâcher les individus sensibles contribue à limiter l’impact de la pêche au requin.

Pourquoi les ailerons de requins sont ils si recherchés ?

Les ailerons de requins sont principalement utilisés pour préparer la soupe d’ailerons de requin, un plat considéré comme prestigieux dans certaines cultures d’Asie, notamment lors de banquets et de mariages. Ils sont aussi parfois intégrés à des produits de médecine traditionnelle, malgré l’absence de preuves scientifiques solides sur leurs prétendus bienfaits. Cette demande élevée explique la valeur économique des ailerons exportés et la persistance du finning dans certaines pêcheries, en dépit des interdictions et des contrôles renforcés.

Comment pratiquer une pêche au requin plus responsable ?

Une pêche au requin responsable repose sur le respect strict des réglementations, l’utilisation d’hameçons circulaires et la remise à l’eau des requins lorsque cela est possible. Limiter le nombre de prises, éviter les espèces les plus menacées, réduire la durée des combats et manipuler les animaux avec précaution réduit fortement l’impact sur les populations. Enfin, refuser de consommer de la soupe d’ailerons de requin ou de la viande de requin d’origine douteuse envoie un signal clair au marché et soutient les efforts de conservation.

Quel matériel de canne à pêche choisir pour débuter la traîne en mer ?

Pour débuter la traîne en mer, il est conseillé de choisir une canne de puissance moyenne à forte, associée à un moulinet robuste et à une ligne de bon diamètre, capable de résister aux départs puissants des poissons pélagiques. Ce type d’équipement permet de cibler d’abord des espèces plus accessibles, comme les thons ou les bonites, avant d’envisager la pêche au requin. Une fois l’expérience acquise, il devient plus simple d’adapter le matériel à la puissance des grands requins pélagiques et de mettre en place des montages spécifiquement conçus pour leur anatomie.

Références et ressources

[1] UICN, Liste rouge des espèces menacées – Requins et raies, mise à jour 2021.

[2] CITES, Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.

[3] Fiche d’évaluation UICN pour Lamna nasus (requin taupe commun).

[4] FAO, rapports sur l’état des pêches et de l’aquaculture (SOFIA).

[5] Règlement (CE) n° 1185/2003 du Conseil, modifié par le règlement (UE) n° 605/2013, relatif à l’enlèvement des nageoires de requins à bord des navires.

[6] UICN, fiche d’évaluation pour Isurus oxyrinchus (requin-taupe bleu).